Les abandons d’animaux ne sont pas seulement une impression de refuges débordés : ils laissent désormais une trace nette dans les statistiques judiciaires. Le 25 octobre, Le Progrès a publié une série d’infographies département par département sur les infractions commises contre les animaux, en s’appuyant sur l’étude du service statistique du ministère de la Justice et sur les derniers relevés de la SPA. Le constat est sans appel pour les propriétaires de chiens comme pour les associations : le nombre de personnes poursuivies pour maltraitance a doublé en dix ans, et l’abandon en est le principal moteur.
Plan de l'article
Dix ans de dossiers dans les parquets #
L’étude de référence est la note Infos Rapides Justice n°40, intitulée « Une décennie de traitement judiciaire des délits de maltraitance animale ». Elle couvre la période 2016-2025, c’est-à-dire les années qui suivent la reconnaissance des animaux comme « êtres doués de sensibilité » dans le Code civil en 2015.
Sur ces dix ans, 19 200 affaires impliquant une personne mise en cause pour un délit de maltraitance animale ont été enregistrées par les parquets, soit plus de 1 900 par an en moyenne. Elles remontent pour 60 % de la gendarmerie, pour 33 % de la police, pour 5 % de particuliers et pour 2 % d’administrations comme les mairies. Cette répartition reflète, selon les auteurs, le caractère principalement rural de ce type d’infraction.
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Les abandons ont triplé #
Au total, 21 700 personnes ont été mises en cause. Leur nombre est passé de 1 400 en 2016 à 2 900 en 2025, soit une hausse moyenne d’environ 8 % par an. Sur l’ensemble de la période, l’infraction principale relève de sévices dans 61 % des cas, d’un abandon dans 23 %, d’une atteinte à la vie dans 8 % et de mauvais traitements dans 8 %.
C’est l’abandon qui progresse le plus vite. Les personnes mises en cause à ce titre sont trois fois plus nombreuses en 2025 qu’en 2016, passant de 260 à 830, et leur part dans l’ensemble est montée de 18 % à 29 %. La note relève que la progression s’accentue à partir de 2022 et y voit un effet possible de la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale, qui pourrait s’ajouter à un effet de la crise sanitaire.
Une réponse pénale presque systématique quand le dossier tient #
Tous les dossiers ne vont pas au bout. Parmi les personnes mises en cause, 61 % sont poursuivables ; les autres affaires sont surtout classées parce que l’infraction est insuffisamment caractérisée. Mais lorsque l’affaire est poursuivable, 96 % des personnes reçoivent une réponse pénale, qui prend dans 66 % des cas la forme de poursuites, devant le tribunal correctionnel neuf fois sur dix.
Autre enseignement qui intéresse directement les familles : 35 % des personnes mises en cause le sont aussi pour une autre infraction dans la même affaire. Parmi ces infractions associées, 37 % relèvent d’atteintes aux personnes, dont 8 % de violences conjugales. La note rappelle que des dispositifs ont été mis en place dans certaines cours d’appel, comme Toulouse, pour mieux repérer la maltraitance animale lorsqu’elle s’inscrit dans un contexte de violences intrafamiliales.
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Des refuges sous pression #
Côté associations, les chiffres repris par Le Progrès montrent la même tendance. Entre juillet et août 2026, la SPA a recueilli 9 508 animaux, une hausse de 20,8 % par rapport à 2025. Le quotidien cite aussi une étude de la SPA et de la Fondation Affinity selon laquelle 880 structures ont accueilli quelque 391 000 animaux l’an dernier, tandis que plus de 84 000 ont été refusés faute de place, dont près de 39 000 chiens.
Ces refus ne signifient pas que les animaux disparaissent : ils restent chez des propriétaires qui ne peuvent plus s’en occuper, sont confiés à des proches, ou finissent errants. C’est précisément ce chaînon qui alimente ensuite les procédures pour abandon.
Ce que cela change pour un propriétaire de chien #
Pour qui vit avec un chien, ces chiffres rappellent d’abord qu’un abandon n’est pas un geste anodin : c’est un délit, et la justice le poursuit de plus en plus. Ils invitent surtout à anticiper. Avant une adoption, mieux vaut évaluer honnêtement le temps disponible, le budget de garde pendant les vacances et la place dont l’animal aura besoin à l’âge adulte.
Si la situation change, un déménagement, une naissance ou une perte d’emploi, des solutions existent avant d’en arriver là : solliciter son entourage, contacter très tôt les refuges et associations locales, qui gèrent souvent des listes d’attente, ou passer par un vétérinaire pour trouver une famille d’accueil. Plus la démarche est engagée tôt, plus elle a de chances d’aboutir.
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Enfin, pour un témoin de maltraitance, la note du ministère montre que l’immense majorité des dossiers remonte des forces de l’ordre. Signaler un animal enchaîné, affamé ou laissé seul à la gendarmerie ou au commissariat reste le moyen le plus direct de déclencher une enquête.




